dimanche 30 août 2020

Hôtel du cheval bai - Le Havre - Incendie


 C'est un vieux bâtiment du Havre qui a brûlé ce vendredi 28 août 2020 : l'hôtel du cheval Bai. Il servit longtemps de lieu de passage et d'hospitalité. Son entrée très haute fait immédiatement penser aux relais de poste. Pourquoi ce nom ?  On sait qu'il y avait beaucoup d'auberges du cheval blanc en France mais les enseignes au nom du cheval bai demeurent un peu moins courantes. Les enseignes au nom du cheval bai sont très communes en Angleterre. Était-ce un nom choisi pour se distinguer ou attirer une clientèle anglo-saxonne dont l'attachement aux chevaux est viscéral? Je pense depuis longtemps qu'une histoire de l'hôtellerie havraise serait nécessaire. On comprendrait mieux les relations entre notre ville et l'extérieur.

Le secteur où se trouve l'établissement me semble assez lié aux transports terrestres et à la circulation de moyens de transport à chevaux. L'hôtel du cheval Bai se trouvait 176 rue de Normandie. Outre l'hommage donné à notre immortel territoire le nom de cette rue évoque une liaison, une route, avec le reste des régions normandes. Je pense d'ailleurs, en cherchant bien, qu'on trouverait encore d autres endroits consacrés aux chevaux à proximité. Il y a bien les anciennes écuries qui se trouvent dans l'actuel jardin municipal en bas du tunnel Jenner. Il y aurait peut-être aussi un autre endroit méconnu dans le quartier lié aux chevaux mais gardons le mystère... Comme notre ami Daniel Haté le dévoile dans un commentaire il s'agit du 329 rue Aristide Briand.


            Ancien relais de poste d'Ancenis. Une structure proche du bâtiment du 329 rue Aristide Briand.


A l'auberge du cheval Bai on pouvait à la fin du 19 e siècle arriver à cheval, le laisser, et aller dormir chez un ami. Une sorte de parking équestre! Nous avons perdu et même oublié le rôle essentiel que jouaient les chevaux dans la ville. Le déclin de l'hôtel du cheval Bai coïncide avec le développement de la voiture automobile.



De mémoire notre actuelle place Gambetta (où se trouve le "Volcan") avait aussi un rôle : celui de terminus ou de départ  pour de nombreuses diligences. 

L'hôtel du cheval Bai resta longtemps un endroit convivial avec de multiples destinations. Il abrita, entre autres activités, un dépôt de levures à la fin du 19e siècle. Les boulangers venaient s'y approvisionner. Il abrita des remises de prix pour des courses à pied au 20e siècle , fut le siège de la " pédale havraise", un club cycliste !

En 1926, l'hôtel proposait des chambres à un lit de 12 à 20 francs, à deux lits de 15 à 25 francs. Un repas à la carte était disponible. L'établissement faisait partie des principaux hôtels de la ville. Je le qualifierais d'hôtel de moyenne gamme.


L'auberge fut restaurée en 1927 dans un style moyenâgeux. C'est vrai que son bon état de conservation en 2020 s'explique probablement par cette restauration qui a moins de cent ans. Elle comprenait des salons.

Pendant la guerre cet endroit eut évidemment un rôle majeur dans la Résistance. Mon ami Louis-Marie Labia , ancien membre du réseau du Vagabond bien aimé, m'avait demandé d'intervenir afin qu'une plaque commémorative soit installée. Personne ne se souciait alors de rappeler l'importance de cet endroit. Lui a bataillé ferme jusqu'à ce que cela soit obtenu. 

L'hôtel du cheval Bai, en 2020, était extérieurement en très bon état et bien entretenu. Il est dommage que ses écuries aient été démolies (il y a une dizaine d'années?).

On espère que tout sera fait pour remettre en état ce bâtiment qui fait partie intégrante de notre patrimoine.

7 commentaires:

DAN a dit…

Salut Jean-Michel,
Vu l’état dans lequel se trouve ce bâtiment après l’incendie, je pense, pour en avoir vu un exemple près de chez moi il y a deux ans où un immeuble identique avait brûlé, qu’une restauration du « Cheval Bai » est possible, car l’immeuble près de chez moi est de nouveau habité alors qu’il avait subi des dégâts plus importants.
Pour en revenir à l’auberge elle a été construite à la limite du Havre et de Graville et sur la route de Rouen c’est donc un endroit essentiel pour les voyageurs. Quant aux écuries il y en a une autre encore un peu visible au 239 Aristide Briand pas loin de l’auberge.

harel a dit…

Bonjour Dan. C est justement l'écurie du 329 à laquelle je faisais allusion dans l'article. Comment l'as-tu découverte? Pour ma part C est, par hasard, en voyant d autres relais de poste qui lui ressemblait!

Geo a dit…

On rappel que cet axe a été desservi par les premiers tramways à chevaux. Les écuries des tramways se trouvaient au dépôt de Graville, au débouché actuel de la rue Pablo Picasso. La maison du Directeur existe toujours au 61 rue de Verdun.

Pour en revenir à l'Hôtel du Cheval Bai, son histoire pendant la guerre serait à écrire. J'ai toujours été étonné qu'un Hôtel ayant pignon sur rue puisse accueillir les FFI au nez et à la barbe des Allemands dont on sait que la garnison allemande était très importante (11 000 hommes en Septembre 44).

Comme Dan, je pense que le bâtiment est restaurable à l'identique. Il faudra veiller a ce que la restitution des détails soit exacte. La structure semble être en ciment. Ce n'est pas une maison à colombage du moyen âge. En tout état de cause, ce sinistre montre l'état d'extrême pauvreté de ceux qui louent dans ce quartier. Comment un si beau bâtiment, si bien placé pouvait accueillir, pardonnez moi, autant de cas sociaux ? D'après la presse, la police y intervenait souvent pour des histoires de mœurs ou de tapages nocturnes.

DAN a dit…

@ Jean Michel,
J’ai découvert cette écurie au cours de mes nombreuses recherches aux archives puis dans mes bouquins. J’aimerai bien reconstituer l’histoire de cette rue du Rond-Point jusqu’à Harfleur, mais c’est un long travail et il me faudrait renoncer à mon blog pour faire cette tâche.
@ Geo
Plus la « cachette » est voyante moins elle se voit, de plus qu’il y ait du va-et-vient dans une auberge rien que de plus normal avec cette artère qui à l’époque était la seule rue pour sortir du Havre, donc les allemands ne se méfiaient pas.
Quant à la restauration de l’immeuble espérons que nous ayons raison.

harel a dit…

@Géo Le secteur où se trouve l'hôtel du cheval Bai est lié à la pauvreté. Il se paupérise depuis 30 ans. N'oublions pas qu'il y eut jusque dans les années 1990 d'excellents magasins dans la zone. Il est à remarquer que la papeterie Neveu a déménagé cette année pour rejoindre, avec raison, le secteur Thiers. Le rond-point, comme la rue Gustave Brindeau, sont en perdition. Ils tendent à ressembler à des communes de banlieue parisienne avec des magasins bas de gamme. Les adjoints au commerce se suivent à la ville du Havre sans vision cohérente. La Chambre de Commerce est dépassée. Bref le père la Brioche, figure du quartier, doit se retourner dans sa tombe.

DAN a dit…

Tout à fait d'accord avec ton analyse Jean Michel, mon fils qui habitait le quartier a été obligé de partir lui et sa compagne n'en pouvant plus des incivilités, et pourtant c'est un couple tout ce qu'il y a bienveillant à ce sujet, mais trop c'est trop !

Geo a dit…

La France finance les cas sociaux a rester chez eux. On ne récolte que ce que l'on sème.