lundi 24 novembre 2014

Dunwich et Sainte-Adresse. Villages engloutis et plages sacrificielles...


 
 

C'est assez étonnant que la ville de Dunwich, en Grande-Bretagne, ne soit jamais évoquée en ce qui concerne l'histoire de Sainte-Adresse. Pourtant cette commune britannique a subi plusieurs fois, notamment au 14 e siècle, comme Sainte-Adresse, une inondation maritime qui recouvra ses églises...  Dunwich est considérée comme l'Atlantide de Grande-Bretagne.

La légende, comme à Sainte-Adresse, veut qu'on entende parfois des cloches lors de certaines marées...

A la différence de Sainte-Adresse, des recherches archéologiques récentes semblent montrer qu'il reste des vestiges des édifices engloutis à Dunwich. Il reste, bien entendu, illusoire aujourd'hui de retrouver une trace sous la mer de l'ancien Saint-Denis-Chef-de-Caux (ancien nom de Sainte-Adresse)... Toutefois, en 1865, le célèbre Camille Flammarion, "à la grande marée basse de 1865", en visite dans notre région, raconte : " un vieux pêcheur me conduisit à 1400 mètres environ du rivage, et me montra des fonds qui représentaient pour lui des vestiges de l'ancien pays, Saint-Denis-Chef-de-Caux, submergé par une tempête en 1372, longtemps avant l'existence du Havre. On appelle ces fonds le banc de l'Eclat  et on croyait bien, en effet, y distinguer des ruines" ( mémoires d'un astronome, 1912, page 316 ).

La notion de village englouti près de la mer reste peu étudiée. De même l'existence de "plage sacrificielle" demeure quasiment sans aucune référence. On sera surpris à ce sujet d'apprendre dans notre région que, dans l'Antiquité, il exista des noyades rituelles sur le littoral de la Manche. Lors de la marée montante, une ou des victimes étaient destinées à mourir noyées. C'est assez sinistre mais cela a été rapporté en Frise. On ne sait pas très bien ce qui se passe dans la tête des humains mais, de mémoire, dans les années 2010 un faits-divers, passé inaperçu, consista en la mort par noyade, à la marée montante, dans une région française, de plusieurs chiens par un maître très cruel. On ne peut alors éviter de penser à ces croyances antiques, presque enfouies dans l'inconscient.
 
La pratique des noyades rituelles très anciennes existait en Italie et en Grèce. D'une  certaine manière cela concerne un peu Le Havre. En effet, la traversée d'un fleuve était considérée là-bas par les Anciens comme un sacrilège et on tuait des humains pour calmer les dieux. Le caractère divin du cours d'eau résidait dans son courant et le fait de traverser, de couper celui-ci était une sorte d'offense au sacré... Rien ne dit que des personnes ne furent pas sacrifiées sur les bords de Seine !  

N'y-a-t-il pas un caractère sacré, comparable dans la légende de cette tête de Saint-Denis qui fut tranchée à Paris pour parcourir toute la Seine et arriver à Sainte-Adresse ? De même, Sainte-Honorine dont le corps transporté par la Seine arriva à Graville, suivant la légende, n'est-elle pas, en quelque sorte, la prolongation (chrétienne) de ces sacrifices humains liés au fleuve ?

                                                                                                       A mon père qui vit à Sainte-Adresse.



 

 

4 commentaires:

DAN a dit…

Bonsoir Jean-Michel,
Difficile de se faire une idée précise de ce que fut Sainte-Adresse aux temps anciens. Lors des séances données par la Société Géologique de Normandie et Amis du Muséum (et non pas la nouvelle SGN qui n'a pas de rapport avec elle) Gérard Breton, Jean-Pierre ou d'autres membres éminents de cette société ont évoqué Sainte-Adresse au temps géologiques, mais également au XIXe siècle où des pêcheries par nasses géantes étaient installées sur le rivage, mais rien en ce qui concerne une occupation du rivage avant 1e XIVe siècle.
Quand à la plage «sacrificielle», là mon incompétence m'oblige à rester muet, car tu m'apprends des choses complètement inconnues pour moi.
En tous cas ton article est très intéressant et permet d'élargir notre vision de l'histoire locale.
Bonne soirée jean-Michel !

Gédé de Le Havre a dit…

Il y a 2 jours j'ignorais encore l'existence de cette ville engloutie, mais coïncidence, dans le livre de Marcel Lecanu "Historique de la ville du Havre et du port autonome" que j'ai acquis au dernier salon de la carte postale (il y a une semaine), l'auteur évoque également cette page d'histoire locale : "Le Cap, ou promontoire de Calète, beaucoup plus brillant autrefois qu'il ne l'est aujourd'hui, a été successivement désigné sous la dénomination de Caput Caliti, Ki de Caux, Groing de Caux et Chef de Caux. Ces deux dernières dénominations furent également appliquées à l'ancienne ville et à son église, détruites par la mer, situées sur le banc de l'Eclat"
Il parle également de "Saint Denis Chef de Caux deuxième du nom puisque le premier était chu en mer en 1372".
Rien de plus que ce que vous expliquez, par contre, pour moi, ça complète le début d'informations que j'avais sur cet épisode dyonisien.
Grand merci à vous deux et bonne soirée.

phyll a dit…

haaa.... le mythe de l'Atlandide est bien tenace !!.... et ça permet de rêver.......

jean-michel Harel a dit…

àDan, on considère souvent que les dragages incessants ont de toute façon supprimé toute trace d'une éventuelle occupation ancienne. I lresterait l'espoir de fouilles "souterraines" sous la mer !
A propos des plages avec des morts par marée montante il faut avouer que le sujet est quasiment inconnu sur le bord de mer normand ! Je pense qu'il y a un refus de nos contemporains d'envisager le caractère cruel de nos coutumes anciennes qui sont extrèmement dérangeantes.

@Gédé oui on a des éléments sur cette ville engloutie qui reste assez légendaire. Le recul des falaises actuels est une sorte de prolongation de ce phénomène !

@Phyll oui rêver à l'Atlantide. Je vais faire une petite révélation. La coquille Saint-Jacques est présente dans les armoiries de Sainte-Adresse. C'est un symbole parfois lié à l'Atlantide...