jeudi 31 juillet 2014

Bata Le Havre 1931-2014 ou une petite histoire des marchands de chaussures havrais




                                           La dernière photo vient du groupe " t'as grandi au Havre" ( source Brigitte Quétel. ) Retrait immédiat sur demande.

Rares sont les magasins Havrais qui atteignent quatre-vingt ans d'existence.Ce fut le cas de Bata place de l'hôtel de ville. La célèbre marque d'origine tchèque s'était implanté au Havre dans les années 1930. Elle avait d'ailleurs une forte implication en Normandie puisque Vernon comptait une usine de chaussures appartenant à ce groupe. Le magasin Bata fut très bien tenu jusqu'à sa fermeture.

L'histoire des commerces de chaussures du Havre reste à écrire. A la manière de l'historien Jean Legoy qui touchait à tous les sujets concernant l'histoire du Havre, il y aurait un travail d'historien du commerce havrais à exécuter, secteur par secteur. D'ailleurs Jean Legoy avait ouvert la voie en écrivant " Les Havrais et le livre " où il évoquait notamment le secteur de la librairie. Son ouvrage mériterait d'être continué, complété et surtout approfondi. Plus j'avance dans l'histoire de l'histoire du Havre, plus j'entrevois les forces et les faiblesses de nos grands historiens. Il faut dire, à leur décharge, que les moyens de connaissance ont considérablement évolué depuis quelques années.

Pour en revenir au commerce de chaussures du Havre et pour parler de la période que votre serviteur a connu ( en gros des années 1970 à aujourd'hui), on notera que les principales boutiques spécialisées en chaussure de la Ville se trouvaient surtout placées avenue René Coty et place de l'hôtel de ville. Ce dernier endroit constituait peut-être le summum de la qualité et du prix.

La pratique chez les marchands de chaussures a bien évolué en quarante ans. Dans les années 1970 voire 1980 la vendeuse (car il s'agissait le plus souvent de femmes) demandait votre pointure, vous faisait asseoir sur une chaise, vous prenait le pied et vous mettait le pied ( là j'ai un doute sur mes souvenirs!) dans la chaussure ou vous passait un chausse-pied pour que vous mettiez votre pied dans la chaussure. La vendeuse se trouvait souvent à genoux. Si votre pied faisait de la résistance elle partait illico chercher une ou des boîtes de chaussures dans la réserve. Elle disparaissait quelques minutes. Une fois les pieds confortablement installés dans les chaussures, on marchait un peu dans le magasin. L'affaire faite, à la caisse, on vous proposait des semelles, du cirage... Traditionnellement certains donnaient un pourboire à la vendeuse pour s'être bien occupé de vous. La concentration des boutiques dans le même secteur permettait un choix plus facile. Il n'y avait qu'à traverser l'avenue ou à faire quelques mètres pour trouver chaussure à son pied.

 Les marchands de chaussures avaient su occuper une place géographique stratégique dans le commerce. Bata, à l'angle de la place de l'hôtel de ville et du Boulevard de Strasbourg détenait un emplacement de premier ordre. De même les actuels magasins de chaussures Caron et Heyraud semblent tenir les portes de la rue de Paris.  La disparition de Bata me fait inévitablement penser à l'installation de l'établissement français du sang dans les rues piétonnes à un endroit qui n'aurait jamais dû être abandonné par le Commerce de détail. Comme je dis plaisamment, cela a saigné le quartier

Dans d'autres quartiers du Havre ( Rond-Point, Graville, Saint-Vincent...) on trouvait quelques boutiques, plutôt isolées mais très résistantes sur le plan commercial. De manière surprenante elles existaient ou existent encore dans certains endroits ( par exemple le célèbre Max la Godasse avenue Maréchal Joffre). Les années 1980 et surtout 1990 et 2000 marquent tout de même leur suppression progressive.

Le commerce de la chaussure, dans les années 2000, a investi les centres commerciaux ( Coty, par exemple) où une vaste fréquentation lui offre une large clientèle. La liberté d'aller et venir dans ces magasins et le prix modeste des articles contribuent probablement à leur succès. L'existence de la Halle aux chaussures, grande surface spécialisée dans ce domaine ( présente dans les rues piétonnes) date aussi ( je parle de mémoire), des années 1990 ou 2000. La grande distribution a le vent en poupe pendant ces deux dernières décennies avec, il est vrai, un handicap en matière de réputation de qualité par rapport à des magasins traditionnels.

 Le commerce de la chaussure a connu une évolution étonnante vers la fin des années 1990 et 2000. On a vu apparaître plusieurs magasins destinés uniquement à la vente de chaussures de sport : Foot Locker, Courir ! La mode et le développement des pratiques sportives explique ce phénomène surprenant. Les traditionnels Laguin-Sport et Sport 2000 auraient-ils pu bénéficier de cette vogue sportive s'ils étaient encore là ?
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 L'apparition de magasins dédiés à une marque a constitué un signe nouveau et très encourageant pour le commerce havrais. Mephisto ou plus récemment Clarks sont apparus au cours des années 2000. Il s'agit d'une excellente technique de promotion pour ces chaussures de qualité. Le prix, souvent 80 à 100 euros la paire, reste tout de même un investissement.

L'existence de magasins dédiés aux chaussures pour enfants (Erika) reste logique dans la mesure où des parents sont prêts à payer cher pour que leur enfant soit bien chaussé et plus prosaïquement parce que les pieds changent vite à cet âge de la vie. 

Les tentatives de créer des magasins de chaussures de qualité dans les rues piétonnes restent timides voire décevantes. La clientèle havraise qui a de l'argent demeure un marché limité. Donner 100 ou 150 euros pour des chaussures tire sur le budget.Au-delà, payer une paire 200, 300 voire 400 euros semble un luxe inaccessible. A ce prix là on n'hésitera pas à aller chez le cordonnier pour faire réparer sa paire. Tiens, une autre profession du commerce havrais...

ps : cette évolution est faite de mémoire. Les corrections et ajouts sont les bienvenus.

Ajout d'octobre 2015 : des témoignages indiquent qu'il y avait plusieurs magasins de chaussures au Rond-Point les uns à la suite des autres. Il y avait Primetou au Rond-Point (monsieur Gérard Simon indique sur un site qu'il y achetait des Weston en daim). Retrait du nom sur demande.



 

















 





 






































13 commentaires:

Anonyme a dit…

Voilà un article documenté.
La question de ces résidents et touristes (camping-caristes, notamment) qui « ont choisi » le Maroc – sur fond de change favorable autant que de soleil - m’a toujours assez interpellé. Je ne pense pas que ce soit une très bonne propagande pour la France.
J’assimile l’attitude de ces touristes - tels qu'on a pu les entendre dans des reportages - à celle des habitants des villes, il n’y a pas encore si longtemps…qui adoptaient avec naturel un ton assez condescendant, protecteur, voire ironique face au monde rural considéré comme pas bien dégourdi.
Il pourrait bien y avoir un jour ou l’autre un retour de bâton.
………………………
Il me semble que tout près de Bata (qui n’avait pas une réputation de qualité mais seulement de bon marché) se trouvait tout près sur le Bd de Strasbourg un magasin André. Je me trompe ? Ce dernier me chaussa toute mon enfance havraise !!!.............
J'ai toujours pensé que pour avoir des chaussures de qualité convenable une dépense de 100 Euros était un minimum et qu'on trouvait avec ce prix plancher de la durée et des pieds "au sec" !!! - un prix plancher, c'est normal, non ? pour de la chaussure !)...
Otto.

geo a dit…

Pour info, c'est l'enseigne Bata tout entière qui est en difficulté. Ils sont en train de fermer tous leurs magasins petit a petit, partout en France. Cette enseigne est en train de disparaître du paysage.

Reste a savoir qui va s'installer a son emplacement. Emplacement numéro 1 qui doit attirer les convoitises. Heureusement (enfin je l'espère), les banques et agences immobilières = tueurs de commerces, ne sont plus à la mode avec la crise économique.

jean-michel Harel a dit…

Salut Geoffrey. A voir mais j'ai bien peur qu'on ait une déception.
C'est vrai que c'est un emplacement extraordinaire. Le remplacement de Bata par une agence quelconque serait un très mauvais signal pour le commerce havrais. Parmi les cause de déclin de ce dernier, on ne note pas assez la baisse de population de la Ville. Etant très souvent sur la plage, je me rends compte que la ville se vide et vieillit.
De moins en moins de monde même quand il fait très beau...

Anonyme a dit…

Je ne suis pas convaincu du tout de la qualité commerciale de l'emplacement Bata. Le "commerce" de détail ne se fait plus là depuis longtemps, me semble-t-il, à quelques petites centaines de mètres près.
Otto.

phyll a dit…

intéressant !!... et je n'ai pas eu de... coup de pompe avant la fin de l'article !!!... :o)

jean-michel Harel a dit…

@Très bon Phyll. Sais-tu que j'ai pensé à toi cette semaine ? Une personne à Paris a voulu me montrer un article sur la gare maritime du Havre et elle est arrivé sur ton site ! J'ai dit à cette personne : " mais je le connais lui c'est un pote ! ". A 200 kilomètres du Havre ça fait drôle !

DAN a dit…

Ton reportage m'a fait remonter quelques souvenirs, car j'ai bien connu ces magasins où l'on s'asseyait et où la vendeuse (tu as raison car je n'ai aucun souvenir de vendeur) nous demandait ce que nous désirions. J'allais souvent à Bailly ou André pour ne pas les citer rue Coty aujourd'hui, et c'est un fait que les marchands de chaussures étaient plutôt concentré dans cette artère. Faire une étude de ces marchands demanderait du temps et c'est ce qui me manque un peu étant «obligé» de trouver un nouveau sujet presque chaque semaine, ou alors il faudrait que j'arrête de publier pour me consacrer aux seules recherches. Toujours est-il qu'il n'y a pas que les chausseurs qui seraient intéressant d'étudier, les commerces en général demanderait, à mon avis, une étude et une attention toute particulière, surtout qu'au Havre où ces commerces ont du faire face après 44 au manque de place pour s'installer.
Quand au commerce de détail en général, les grandes surfaces ont, à mon avis, définitivement gagné la partie de la distribution, à moins de rechercher la bonne qualité c'est difficile aujourd'hui de lutter contre ces grands magasins qui pratiquent des prix attractifs, mais proposent elles des services et des marchandises de qualité, là c'est à voir !
Je reviens d'un périple à travers la France, où, une fois de plus, j'ai pu constater que les endroits où il fait bon vivre et se promener sont ceux ayant des petits commerces, ces derniers représentent à mes yeux la qualité de vie dans une cité, et le jour où ils ne seront plus là la ville deviendra un gigantesque dortoir, j'espère ne jamais connaître ça...

phyll a dit…

ça me fait plaisir que mon "reportage" sur la gare maritime intéresse des personnes extérieures du Havre !!!.... c'est aussi le but de ce genre d'article !

Anonyme a dit…


Regardez dans les villes, aux endroits les plus marchands, où exista un commerce de qualité. Vous y trouverez aussi des "chausseurs" vendant une camelote en vrac, sans présentation.D'origine d'extrême orient, évidemment.
De la sous-qualité. De la m....
Pas cher, ça, c'est sûr ! mais c'est encore plus cher que cela vaut réellement.
La "fringue" et la chaussure sont tombés très bas. Très très bas.

jean-michel Harel a dit…

Oui la "fringue" est tombée si bas qu'autrefois on parvenait à la recycler, à la réutiliser mais aujourd'hui la qualité du neuf est si basse que cela devient impossible !
Quant aux chaussures la qualité est souvent très mauvaise : les semelles se décollent pour un rien...

A propos de ces endroits où étaient regroupés les magasins de chaussures, il semble qu'il y avait aussi, autrefois, une concentration du côté de la gare Saint-Lazare à Paris. On se trouvait non loin des grands magasins. On a peut-être le même schéma qu'au Havre où ces magasins de chaussures se trouvaient non loin des grands magasins. Les classes moyennes dans les 1970 et 1980 achetaient plutôt avenue René Coty. De mémoire, les catégories aisées se rendaient plutôt place de l'hôtel de ville.

Il y avait aussi une certaine habitude d'aller traditionnellement chez tel ou tel commerçant plutôt que chez tel autre. Personnellement: tout se situait avenue René Coty avec les deux magasins en face de la banque de France et celui sur le trottoir de la banque.Si on ne trouvait pas chez l'un on allait chez l'autre. Le rôle des vitrines était fondamental. On regardait d'abord ce qu'il y avait de présenté dans la vitrine.

jean-michel Harel a dit…

Le loyer est d'environ 5900 euros par mois. La taxe foncière est de 5730 euros pour 186 m2. A la surprise générale il n'y a pas eu de reprise immédiate de ce local qui est pourtant un des mieux placés de tout Le Havre. Un signe du marasme du commerce local...

Jeff a dit…

Je pense au magasin Dressoir au Rond Point, ses locaux sont occupés par un laboratoire à présent.

jean-michel Harel a dit…

Merci Jeff. La mémoire des magasins se perd au fil des années.