vendredi 7 août 2009

Commerce de proximité : Normandie et Paris Ouverture dominicale


Il suffit de se promener pour voir que les hypermarchés ont connu récemment ou vont connaître une série d'agrandissements. En quelques semaines, en 2008, à cause d'une " erreur " dans la rédaction d'un texte juridique administratif, plus de un million de mètres carrés d'hypermarchés ont notamment été construits c'est-à-dire l'équivalent de 200 hypermarchés de 5000 m2 ! Le secteur continue d'aligner un nombre croissant de mètres carrés.

Dans le même temps, le commerce de proximité a des atouts mais reste fragile. Les rues les moins commerçantes des communes, en Normandie, se vident. Les anciens commerces deviennent des banques ou des appartements. Il reste toutefois un endroit où on se croirait encore dans les années 1950 ou 1960. Il s'agit de Paris. Cette ville demeure un des derniers eldorados du commerce de proximité. Les magasins de bouche ( alimentation...) restent toutefois, à Paris, ceux qui disparaissent le plus. Ils sont remplacés rapidement par d'autres enseignes. Des créations de supérettes de quartier ont lieu et occupent alors le commerce d'alimentation.

Personnellement, je demeure très surpris de constater une profusion de petits commerces à Paris qui ne pourraient tenir dans les régions. Ce n'est pas un hasard si le maire actuel de Paris, Delanoë, souhaite qu'il n'y ait pas d'ouverture dominicale des commerces afin de préserver les commerces indépendants. Il sait que cela causerait un grand tort à l'ensemble de ses petits commerces.

Il y a plusieurs zones touristiques actuelles qui ont le droit d'ouvrir le dimanche à Paris : les Champs Elysées, une partie du boulevard Saint-Germain, Montmartre, la pyramide du Louvre, la rue des Francs Bourgeois). Il y a actuellement une demande portant sur le boulevard Haussmann, c'est-à-dire le secteur des grands magasins près de la gare Saint-Lazare. Verra-t-on un jour ce secteur très commerçant ouvert le dimanche?

On comprend mal pourquoi une ville comme Paris devrait conserver une multitude de petites échoppes ( 61 186 activités de proximité en 2007-2008 dont 14 668 hôtels-cafés-restaurants et 6 845 alimentaires) alors que dans le même temps, en Normandie par exemple, les commerce indépendants devraient, au fil du temps, mettre la clé sous la porte. C'est à croire que le lieu actuel du pouvoir (Paris) refuse ou retarde une évolution qu'il impose aux autres régions...

Certains d'entre vous ont peut-être une explication sur la vitalité du commerce de proximité à Paris. Il n'y a aucun hypermarché dans la capitale ( le prix du foncier est effectivement élevé ). La population de Paris intra-muros est nombreuse et assez aisée. Les moyens de transport pour aller de Paris à la banlieue pour faire ses courses en hypermarché sont compliqués. D'autres pourraient dire qu'on ne peut comparer une mégapole avec une ville moyenne ou une petite commune. Il demeure tout de même que Paris a réussi à préserver jusqu'à maintenant un remarquable tissu de commerces de proximité.

Cette situation de relative oasis du commerce de proximité de Paris est-elle amenée à perdurer ? Il y a déjà eu une diminution du nombre de commerces de proximité et certains secteurs ( l'est parisien, par exemple ) semblent avoir une situation plus dégradée. Il y a aussi une évolution avec l'apparition de "centres commerciaux à ciel ouvert" ou plus exactement de rues comprenant des enseignes qu'on trouve dans tous les centres commerciaux liés à des hypermarchés. Ces grandes enseignes peuvent notammer transformer une rue : la rue du commerce dans le 15 e arrondissement, par exemple. Le " petit commerce " ne devient alors qu'une succursale de la grande distribution avec des magasins sans âme. Paris est-il amené à connaître une diminution drastique de ses petits commerces ?

Comme je l'ai déjà dit, j'ignore quelle sera l'évolution des hypermarchés ou du commerce de proximité. Chacun a des atouts. Le plus grand est réputé manger le plus petit mais il y a tellement de facteurs en jeu (coût et réseau de transports, développement des nouvelles technologies, pouvoir d'achat, changement d'habitudes) qu'on ne se hasardera pas à des pronostics. Cet article n'a pas pour but de s'en prendre à la grande distribution, un secteur économique qui a connu une extension mondiale dans laquelle les grands groupes de l'hexagone (Auchan, Carrefour) ont excellé et ont montré des qualités d'organisation. Il se veut une modeste réflexion sur l'évolution du cadre de vie.




Pour terminer, on trouvera en pièce jointe une étude intéressante sur l'impact du tramway parisien sur le commerce de proximité :cliquez ici. En gros, les commerçants sont satisfaits du tramway mais réclament davantage de places de stationnement.

11 commentaires:

geo a dit…

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Le petit commerce de proximité disparait à une vitesse fulgurante à Paris. Pour preuve, il suffit de comparer la rue de Charonne à Paris il y'a 15 ans, avec la rue de Charonne aujourd'hui. Il n'y a plus rien.

Il faut aussi dire que dans certains arrondissements les comemrces de proximité disparaissent au profit de grossistes chinois. Certains quartiers n'ont plsu de boulangeries, plus de boucheries mais des grossistes de vetements.

Mais effectivement on à l'impression que le petit commerce de proximité résiste à Paris. Comem tu le dit, les parisiens intra-muros n'ont pas d'autres choix. Il n'existe aucun supermarché dans Paris. Au mieux il y'a des petits Monoprix, Carreforu market, Casino (comme au Havre).

Si l'on compare le nombre de m2 d'hypermarchés par habitants, je pense que des villes comme Le Havre, Rouen ou Caen (entre autres) dépassent largement le niveau des parisiens. Le Havre, par exemple, possède le plus grand MONOPRIX de France, en plein centre-ville. Ceci à forcement des effets sur le commerce de proximité.


Au Havre comme dans la majorité des villes de province, le commerce de proximité se traduit essentiellement par des petites superettes. Au Havre on remarque l'augmentation du nombre de ce type de commerces. Cette année, un 8 à Huit vient de s'installer boulevard de Strasbourg, et prochainement un petit CaASINO va ouvrir près de la Brasserie PAILLETTE.


Quoi qu'il arrive, les habitants du centre-ville du Havre resteront fidèles à leurs commerces de proximité. Notre vilel n'est pas la plus mal lotie. Nous avons encore le choix pour faire nos courses en ville sans passer par la case Auchan ou Leclerc.

geo a dit…

PS:

Au sujet du tramway, là encore Le Havre se démarque. D'habitudes, dans la majorité des villes de provinces, le tramway est extrêmement mal accueuillis par les commerçants. Au Havre c'est tout l'inverse, les commerçants l'attendent avec impatience car selon eux le tram sera un atout. Il faut dire que le centre-ville du Havre connaitra difficilement la congestion du fait de ses larges avenues hérités de l'après guerre...



D'autre partn je voulais rajouter quelques chose...

J'ai lu dans une revue que Le Havre était une des villes de province qui possédait le plus de cafés-restaurants par nombre d'habitants. Est-ce le fait d'être une ville portuaire ?

Jean-Michel a dit…

Bonjour Geo

Merci pour tes renseignements. Il est bien d'avoir des renseignements par des personnes qui connaissent l'évolution de certains lieux de Paris depuis une quinzaine d'années.

Oui, le nombre des supérettes augmente au Havre. C'est la même évolution qu'à Paris. En plus, elles ouvrent parfois le dimanche.
Elles ont plusieurs avantages : pas besoin d'y aller en voiture, choix de produits, prix un peu plus chers mais souvent raisonnables. Pour une grande surface du centre ville que tu as évoquée, les prix sont très chers.
Il suffit de comparer avec les autres supermarchés pour se rendre compte de la différence ! Et il vaut mieux parfois faire 500 mètres de plus et trouver de meilleurs prix.

Le nombre de cafés etait effectivement assez élevé au Havre. Les petits bars de quartier ont nettement diminué en nombre. Ils ont été transformés en garage, appartement... Cela tient certainement au fait que Le Havre était une ville portuaire et ouvrière, une cité où on buvait beaucoup. L'évolution récente des vingt dernières années a peut-être été l'augmentation du nombre de cafés ouverts le soir pour les étudiants ou noctambules. Depuis deux ou trois ans environ, il ne s'en crée plus vraiment. Les établissements changent d'enseigne parfois mais il n'y a pas de nouvelles créations.

La réflexion de cet article ne touche pas une seule ville voire même une seule région. En France, en général, le même constat peut être fait. De passage en Bretagne, dnas un petit village, je voyais une grande surface devenir un hypermarché. Parkings faciles, voies larges d'accès, publicités et signalisation...

Les grandes villes ont encore des commerces mais certains bourgs se désertifient au niveau commercial. On revient à l'époque du 18 e siècle où il n'y avait pas de petits commerces dans les campagnes. Ceux-ci sont plutôt une invention du 19 e siècle.

Jean-Michel a dit…

Delanoe : "Clairement, nous ne voulons pas d'une ville qui ne ralentit jamais, où la vie se réduit à la seule consommation".

Anonyme a dit…

Bonjour,
je ne connais pas préisément les tendance du commerce de proximité à Paris, mais vous avez donné vous même la réponse à votre question, sur la densité de ce commerce dans la capitale.
Il y a 2 millions d'habitants pour lesquels il est plus facile et moins coûteux d'aller au Franprix du coin que d'aller dans un hypermarché de banlieue. Ceci contrairement à la situation en province, où il est plus facile de prendre sa voiture pour aller remplir un cadie géant en périphérie, que d'attendre 10 minutes un bus les bras chargés de sacs remplis au Marché Plus.
Cependant, j'ai l'impression qu'en province, les hyper de banlieue subissent une (très) relative désaffection, actuellement.
D'ailleurs, au Havre comme ailleurs, depuis quelques années, les supérettes reviennent.
Pour ce qui est de l'impact du tramway, j'avoue ne pas avoir lu l'étude parisienne, mais a priori, il est paradoxal qu'on demande plus de stationnement, tout en se disant satisfait d'avoir un tramway. Non ?
Ce que je cherche depuis longtemps, c'est une étude d'impact ex post (car ex ante, les élus en financent beaucoup pour "vendre" leur tramway aux habitants) d'un tramway de province sur le commerce, mais aussi sur les déplacements, les émissions de CO2 ... (émissions à l'échelle de l'agglo, et non juste auprès des rails). Si vous en trouvez ...
Enfin, sur l'ouverture du commerce le dimanche, je considère que c'est une très mauvaise mesure. Non pas pour le commerce, mais pour notre vie en société.
Jeph

Anonyme a dit…

Il est certain que Paris se vide de commerces de détail bcp moins rapidement que beaucoup de villes de province toutefois. Le mutation est plus lente, mais, partout, ce qui disparait est remplacé par les enseignes que vous indiquez.
Il n'y a la volonté ni le mérite de personne dans cette lente mutation : seulement la résistance pratique de la population intra-muros qui a vu où son intérêt et le meilleur emploi de son temps se trouvaient, y compris dans l'alimentaire pour les quartiers populaires. Et cela devrait marcher encore assez longtemps comme ça.
L'ouverture des magasins le dimanche n'a d'autre but, évidemment, que de réaliser un plus avec le tourisme dans les artères commerciales ou autour des hôtels et des des monuments visités. Ce tourisme ne peut pas être capté par les hyper et autres magasins populaires à grandes enseignes succursalistes : cela n'intéressera jamais celui-là et les habitants, usagers habituels de l'hyper feraient mieux, à mon sens, de balader les gamins en campagne ou dans les squares le dimanche....
C'est l'exploitation mercantile du "travailler plus".....Je doute sincèrement que le "travailleur" y trouve son compte, pas plus que le "chaland".
C'est vraiment une très bonne chose pour la vie d'une ville que de doter celle-ci d'un tramway qui roule en site propre. On est d'ailleurs surpris de la rapidité de circulation du tram'. A Nantes, par exemple, on peut constater que les rames sont toujours pleines de voyageurs. Leur fréquence est importante. C'est à mon sens de nature à en assurer le succès car l'attente est dissuasive.

Yuca de Taillefer a dit…

Bonjour,
J'ai lu dans le Nouveau Courrier (édité par CCI Paris) que Paris a perdu entre 1994 et 2003 un millier de commerces de proximité.

C'est un thème à la mode maintenant : Les collectivités locales en région parisenne réfléchissent pour inventer de nouvelles formules pour soutenir un commerce de proximité qui connaît un regain de faveur auprès des consommateurs.

activités les + touchées : magasins de journaux, garages, boucheries, poissonneries et les quincailleries
activités en forte croissance : les supérettes, les traiteurs asiatiques, les boutiques de souvenirs et les magasins de sport
(source : Banque de données du commerce à Paris).

J'espère qu'en région, en particulier en Normandie, le déclin du commerce de proximité puisse être enrayer, et qu'il puisse même repartir.
Le commerce de proximité fait partie intégrante de la politique de la ville, d'un bon climat entre les acteurs de la ville et un facteur d'attractivité. Le négliger est à mon avis une grande erreur.

Anonyme a dit…

Je crois que vous commettez une erreur, JM. Au XVIII ème S. il y avait au contraire une activité commerciale en campagne, dans les bourgs (les paroisses), mais pas que là, dans les villages, aussi, où dès la fin du XIX ème, il n'y avait plus rien, et dans les bourgs, ce qu'on a connu, mais avec des fortunes diverses, jusqu'avant 1940.
J'ai quand même pensé qu'Auguste Perret avait commis une erreur au Havre en refaisant les pas de porte commerciaux tels qu'ils étaient avant la guerre. Il fallut à peine 20 ans pour qu'ils disparaissent. Voyez par exemple la rue Guénot (près de St Roch-Paillette) tous les r-d-c sont des studios.
Espérons quand même pour le commerce de proximité, mais restons modestes : l'alimentaire, qui en était la trame et LA VIE est foutu, au profit du marginal, la plupart du temps et qui ne "tient" pas. Un p-d-p pas cher signifie qu'il n'y a que peu de chance d'en faire quelque chose de viable. On le voit : l'activité change tous les ans ou tous les 2 ans, rarement plus.

JMH a dit…

@anonyme

Il faudra que j'approfondisse à propos du commerce au 18 e siècle. j'ai parlé de mémoire car j'ai lu, il y a quelques mois, un très beau livre " boutiques d'autrefois " paru chez privat. On y montre les devantures de boutique qui sont très photogéniques.

Ce que j'avais retenu c'est qu'autrefois il y avait une tentative d'autosuffisance des agriculteurs qui fabriquaient ou se procuraient tout ce qu'ils pouvaient par eux-mêmes. ils évitaient donc de passer par des marchands. C'est d'ailleurs une tendance actuelle très à la mode ! Cela limitait forcément le commerce.

En campagne, de mémoire, il y avait surtout des marchés, des foires, des marchands ambulants. Des artisans aussi travaillaient en nombre. On va se plonger dans l'histoire des villages de Normandie, par exemple, pour voir quels commerces existaient. Je vous parie qu'on ne trouvera pas trace de vendeur de téléphone portable !

Merci de porter intérêt à cet article et d'y indiquer des erreurs. Cela permet de s'améliorer.

Pour les commerces du centre-ville du Havre, il y a effectivement une rotation impressionnante de certains pas-de-portes. Cela rend très difficile l'existence d'une vie commerciale de quartier. Il faut une grande dose de courage pour se lancer dans l'ouverture d'un commerce.

Anonyme a dit…

A mon sens, il ne faut pas une dose de courage, il faut plutôt une large dose d'inconscience.
Trop de gens pensent qu'ils peuvent gagner à la Loterie.

JMH a dit…

Oui il faut travailler énormément pour tenir alors que les charges sont importantes (loyer, impôts...). Je lisais dernièremerent que beaucoup d'enfants de commerçants, à Paris, ne souhaitaient pas reprendre le commerce de leurs parents. Il y a 50 ans, cela aurait été inimaginable. Je comprends qu'on n'ait pas envie de se lancer dans cette aventure. Le monde change à une vitesse telle que les petits commerces peuvent rapidement être broyés.

Les marchés, c'est-à-dire le commerce non sédentaire, paraissent être un des meilleurs moyens de s'en sortir : pas de charges fortes, présence où il y a la foule...