mardi 28 avril 2015

La capitale de la Normandie n'est pas un billet de loterie

                                                                     

La pétition demandant la transformation du Havre en capitale de la Normandie a un aspect positif : elle montre le grand attachement de certains habitants à leur cité. Néanmoins je ne l'ai pas signée. D'abord, je pense que traiter Rouen de banlieue parisienne est irrespectueux pour ses habitants. Si Rouen constitue une banlieue Vernon forme un arrondissement ? Je trouve cela inacceptable. Chaque pouce du territoire Normand a droit au respect.
 
Le Havre est une ville particulière qu'on aime. Mais le particularisme ne signifie par l'isolement. Renvoyer dos à dos Caen et Rouen pour que Le Havre devienne capitale de la Normandie fait penser au joueur qui réclame le gros lot d'une loterie. Tant pis pour Caen et Rouen qui deviendraient les perdants...
 
Une capitale à trois têtes, en réseau, emporte ma conviction. Sur ce point je me trouve en complet accord avec Edouard Philippe, Maire du Havre. Les trois villes se complètent. Elles différent aussi sur certains points et se ressemblent sur d'autres.  L'état d'esprit positif consiste à insister sur ce qui réunit et rassemble et non sur ce qui divise les villes normandes. D'autres grandes agglomérations comme Alençon, Cherbourg, Dieppe, Evreux ont la possibilité de se joindre à ce triangle d'or qui se forme. Le partage équitable des compétences, des fonctions et des institutions s'impose d'une manière ou d'une autre. Il ne s'agit pas pour chaque ville de tirer un gros lot ou un lot de consolation mais de participer de manière équilibrée à la continuation institutionnelle d'une unité millénaire.   
 
Je ne considère pas la Normandie comme une chance mais comme un  Destin. On peut déclarer que le passé glorieux de Rollon et Guillaume le Conquérant  ne suffira pas à faire venir des entreprises à Caen et à Rouen. Mais il en va de même au Havre où ce n'est pas la mémoire des vieilles familles négociantes qui servira à implanter de grandes structures économiques.
 
Les diversités normandes s'effacent derrière une unité nécessaire. A la stratégies des villes mais aussi des campagnes de Normandie doit faire place une stratégie normande des villes et des campagnes. De même, il faut une seule politique normande sur tous les points: culturel, économique... Par exemple, une vision portuaire et aéroportuaire normande possède du sens. Toute tendance ou action politique havraise qui délaissera la Normandie ou la considérera comme secondaire entraînera le rejet de ceux qui sont fortement attachés à la Normandie.  
 
Ma ville, Le Havre, doit faire montre de manière durable et irrévocable de sincérité dans cette démarche. A quand un drapeau Normand installé sur notre bel hôtel de ville ?
 
Pour conclure, j'emploie à nouveau ma formule : un grand Havre dans une grande Normandie.
 


 

11 commentaires:

DAN a dit…

Un grand Havre dans une grande Normandie, voilà une phrase qui résume bien le débat actuel sur cette question. Il est vrai que les décisions politiques et administratives se diluent depuis la commune jusqu’à la région, en passant par les communautés de communes (CDAH pour nous) et le département. Alors il est nécessaire que chaque entité ait son mot à dire quand aux décisions à prendre mais il faut que ce soit dans sa sphère spécifique et non pour l’ensemble de la région, cette dernière devant se préoccuper de ce qui relient toutes ces entités entre-elles (routes environnement etc). C’est un travail qui n’a pas encore été fait me semble-t-il, mais n’étant pas spécialiste de la question il se peut que je me trompe.

GL a dit…

La nouvelle Normandie a déjà deux hôtels de région (Rouen et Caen). Choisir Le Havre nécessiterait d'en construire un nouveau ! N'y a t'il pas d'autres manières intelligentes d'utiliser les deniers publics, faire des économies en offrant de meilleurs services à tous les Normands.

bodrumo a dit…

Au delà de la pétition, je crois surtout au pouvoir de la discussion constructive et j’ai lu voici quelque temps un livre écrit en collaboration par des géographes de nos trois universités « Normandie en débat » qui contient entre autres idées intéressantes celle d’une gouvernance à trois (Caen, Rouen, Le Havre) qui semble émerger de plus en plus, même chez les hommes politiques…
Je suis bien d’accord sur le fait de balayer toutes les références historiques qui ne créent pas automatiquement de leadership pour l’avenir, mais en ce temps de disette budgétaire il serait sans doute difficile de trouver dans LH des infrastructures existantes pour beaucoup de services préfectoraux ou régionaux.
Par contre,
Le Havre a une vocation naturelle de métropole maritime qui, j’en suis persuadé, dans le cadre d’une gouvernance régionale à trois comme cela semble se dessiner ne serait pas en concurrence avec ses voisines pour demander la préfecture ou le conseil régional, mais bien sûr certaines fonctions régionales ou déconcentrées de l’Etat s’y implanteraient de mon point de vue tout naturellement (Chambre de commerce régionale ; CESR, douanes, affaires maritimes, coordination des ports de Granville au Tréport, délégation préfectorale pour l’axe Seine…) ; j’y ajouterais aussi le retour du siège administratif de « Haropa », il me semble que cela relève de la simple logique énoncée comme « à chacun selon ses compétences », les options sont ouvertes.
Quand cela sera réalisé on pourra aussi reparler de la future « LNPN » avec un scénario « C bis » mieux étudié que le précédent, comportant un tunnel au fond de l’estuaire qui permettra au trois villes d’avoir une liaison ferroviaire rationnelle et au GPMH un débouché sur la France du sud-ouest et de n’être plus prisonnier des couloirs rouennais surencombrés…
C’était simplement l’expression d’un ancien Havrais passionné (comme beaucoup d’autres) de sa ville natale.

jean-michel Harel a dit…

@Dan. Tu as tout-à-fait raison sur le travail en commun des institutions reste à faire. Et pourquoi a--ton conservé ces départements , il fallait les supprimer. On ne parvient pas à réformer.

@GL L'utilisation des deniers publics me laisse pantois et je me pose parfois des questions...
Il y a tellement d'urgences (santé, petites retraites, logement...) et les collectivités investissent dans des projets secondaires sous prétexte d'investissement.

@Bodrumo

Il y a une chose que beaucoup de gens oublient à propos de la gouvernance à trois c'est qu'il y a finalement peu de temps de transports entre les trois villes : une heure à trois quart d'heures on va dire. Quand on va d'un bout à l'autre de Paris et sa banlieue on arrive facilement à une heure de transport et on reste dans la même unité. Je rappelle souvent qu'il faut environ quarante cinq minutes pour aller du centre du havre à Gonfreville en bus et pour tant c'est la même agglomération.

Entre Caen, Le Havre et Rouen, une amélioration des transports ( surtout entre Caen et le Havre) ouvrirait de grandes perspectives. C'est sûr qu'une liaison de fret et de voyageurs entre le Havre et Caen aurait un grand intérêt.

Je ne suis pas un grand fervent d'Haropa. Le Havre ne peut se disperser dans ses projets maritimes. Une coopération des ports est profitable mais une fusion avec le port de Paris appartenant à l'île de France me paraît à bannir. Le projet politique actuel est normand, la politique maritime doit être normande et s'inscrire, bien entendu, dans un cadre très large.

Sur le plan portuaire, les stratégies sont à revoir. Une chercheuse universitaire se plaignait que le port du Havre est bien trop éloigné de son environnement local. Je le pense.
Il n'est pas facile de suivre la vie portuaire. Cela reste un domaine presque caché. Et pourtant c'est intéressant de le connaître.

Je trouve très bien le travail de port Center sur le quai de Southampton qui organise des conférences, des expositions. Mais n'Est-ce pas paradoxal de faire mieux connaître le port au moment où il devient moins accessible physiquement ?









phyll a dit…

une pétition !?!... non non non !!! alors pourquoi pas un tirage au sort effectué par une "main innocente" ???!!! tu as raison, l'enjeu de la Normandie n'est pas un jeu de kermesse !!!

Gédé de Le Havre a dit…

Bien que je serais heureux de voir ma ville capitale de la Normandie, je n’ai pas non plus signé la pétition. Quel poids peut avoir un tel document s’il n’est signé que pas des havrais ? Chaque habitant de sa ville défend son carré !
Une capitale éclatée en trois morceaux, pourquoi pas ? Mais cela ne sera-t-il pas un peu compliqué pour l’usager lambda ?
Je suis d’accord sur le fait que ce n’est pas sur le passé, mais sur l’avenir que cette désignation soit faite. Et de ce côté, Le Havre et son port a de gros atouts à faire valoir. Mais, pour le moment, le Havre ne semble pas dans la course. Que ce soit Rouen ou Caen qui remporte la course ça m’est un peu indifférent. Mais dans ce cas, je crains une chose, c’est que Le Havre tombe dans les oubliettes et soit défavorisé dans les décisions : N’ai-je pas vu, il y a encore quelques jours une carte touristique de la Normandie ou Le Havre ne figurait pas !!!

jean-michel Harel a dit…

@Phyll En ce moment cela ressemble vraiment à la foire d'empoigne et ce n'est pas très rationnel. La réunification dont on se réjouit ne doit pas se transformer en déception parce que telle ville a telle institution et telle autre ville n'en a pas

@gédé. Je suis plutôt comme toi. Il faut savoir grandir et ne pas rester uniquement dans un cadre havro-havrais. Je crois que la pétition aurait eu davantage de logique en proposant une autonomie du Havre par rapport à la Normandie. Cela n'aurait pas emporté ma conviction mais cela aurait davantage correspondu au sens de cette pétition. On ne peut pas dire dans une pétition aux Rouennais et aux Caennais qu'on supporte mal qu'ils dominent et en même temps demander à être leur capitale !

De plus, comme le dit la pétition, Le Havre n'a jamais mis en valeur qu'elle était la plus grande ville de Normandie. Ce n'est pas au dernier moment qu'on se réveille.

Anonyme a dit…

Je suis assez d'accord avec pas mal de choses écrites par Bodrumo.
Cependant, à quoi servirait la bi-céphalité, voire la tri-céphalité ? Rien d'autre que de faire perdre du temps aux agents administratifs dans les déplacements. Et de l'argent au contribuable. car il y aurait forcément des doublons, et beaucoup de frais de fonctionnements supplémentaires.
Bref, on augmenterait les dépenses de fonctionnement au prétexte de vouloir faire des économies sur les dépenses d'investissements (de nouveau bureaux dans une ville qui serait choisie comme capitale) : exactement l'inverse de ce qu'il faut.
Et au Havre, n'y a-t-il pas des immeubles de bureaux vides ? Comme la tour que la sécu vient de libérer ?
Antoine

Anonyme a dit…

On ne coupe plus ici une poire en deux, mais on voudrait la couper en trois
Faire plaisir à tout le monde, en somme
Accoucher d'un animal tricéphale
C'est irréaliste
Je pense que Le Havre devrait pouvoir se prévaloir d'un statut particulier tel qu'il en existe un, par exemple, pour Hambourg - Etat allemand à lui seul
Le Havre dans une zone élargie autour de l'embouchure de la Seine
Ne parlons plus obstinément des normands et de la Normandie
Ouvrons - ouvrez ! - les fenêtres et regardons au large
Otto

Anonyme a dit…

Le Havre, qui n'est pas dans le Pays de Caux, ne serait plus non plus en Normandie ! Why not ?!
Dans une certaine mesure, cela peut faire rêver !
Surtout si on acquiert l'autonomie fiscale, et que toute la TVA et la TIPP sur les produits sortant des usines de l'estuaire ou du port restent ici !
Antoine

jean-michel Harel a dit…

Le Havre possède un particularisme. Celui-ci est amené à se nuancer avec l'élargissement de la ville au pays de Caux ou même à l'estuaire de la Seine. Un jour nous aurons le maire d'Epouville ou de Gonfreville, par exemple, qui dirigera le grand Havre. Je souhaite vivement qu'un tel schéma se réalise.

La Normandie et les Normands sont une obstination qu'il faudra inlassablement répéter. La réunification administrative participe à ce mouvement.

Le Havre une ville autonome ? Ce serait réalisable dans un pays girondin, décentralisé. On en est très loin en France qui persévère dans une centralisation désastreuse. L'hypothèse d'un Havre autonome servant les desseins d'une région parisienne est tout-à-fait à proscrire dans le cadre actuel. Quand on lit entre les lignes des projets havrais futurs cela figure pourtant en filigrane. C'est pour cela que j'ai de forts doutes sur la "sincérité" de la mairie du Havre quant à l'enthousiasme de la réunification . Pavoiser avant la réunification, au moment de la réunification ou après la réunification n'a pas le même sens.

La tendance politique actuelle des autorités havraise serait : " je vous laisse faire votre réunification mais laissez faire Le Havre dans ses projets ".