samedi 20 décembre 2014

Démolition du Foyer brindeau



Le vingt-et-unième siècle me semble marquer un tournant dans l'histoire des bâtiments havrais. Des constructions assez récentes (aujourd'hui le foyer Brindeau, demain la Sécurité Sociale ) disparaissent ou sont appelés à disparaître. La période d'utilité d'une construction diminue. Les normes qui régissent les établissements recevant du public changent et il devient souvent nécessaire d'envisager une construction plutôt qu'une reconversion. De manière plus profonde, on en vient à se demander si les stylos, briquets, rasoirs jetables n'inspirent pas cette nouvelle tendance économique de bâtiments "jetables" ! Seule les institutions ou grandes structures peuvent se permettre ce renouvellement qui coûte très cher... Il y a toujours davantage besoin d'argent public.
 
Le particulier est aussi concerné par cette évolution. Il suffit de regarder un certain nombre d'immeubles récents au Havre pour constater leur mauvais état extérieur. Comment-se fait-il qu'un immeuble de moins de dix ans ait déjà l'air délabré ? Construire un bâtiment qui va durer 150 ans devient presque inimaginable.
 
Pour ces raisons je pense que l'architecture Perret, pourtant considérée comme joyau du patrimoine mondial, finira un jour par gêner certains intérêts... Trop parfaite, non remplaçable,  elle fera figure paradoxalement de Vieux-Havre. Les aménageurs et promoteurs de toutes sortes fuient et repoussent les situations stables. Dès qu'il y a de la valeur ou de la plus value, tout est jouable.
 
La notion de Vieux-Havre d'avant-guerre en lien avec les spéculations en tous genres n'a jamais été étudiée. Les historiens du Havre ont souvent une vision trop "innocente" des choses. Le fait que le Vieux-Havre d'avant-guerre était laissé  dans sa saleté, dans son "jus", comme l'indiquent les témoignages, n'était-il pas un excellent moyen d'entraîner sa disparition ? On sait (je parle de mémoire) qu'il existait avant la guerre des projets tendant à totalement transformer Saint-François. Une histoire moins angélique de la ville serait bienvenue.  
 
Quand un quartier du Havre se dégrade par rapport aux autres il faut se poser des questions. La perception instinctive des habitants quant au devenir de leur secteur me touche. Lors du dernier conseil de quartier, les habitants du "village" des Neiges avaient peur que la disparition de leur quartier, après la Cité Chauvin, soit programmée en faveur du port. J'apprécie cette vision des habitants.  
 
 
 
  





7 commentaires:

phyll a dit…

être "déconstructeur" au Havre, est un métier d'avenir !!!
il est vrai que certains bâtiments comme celui-ci seront moins regrettés mais au train où vont les choses, le Havre n'aura jamais un "capital patrimoine" à sauvegarder !!!

jeanpaul76 a dit…

Salut Jean-Michel
La déconstruction permet de déplacer le problème mais, en vérité le problème existé toujours .
À 3 jours de Noël je te souhaite un excellent Noël doucement au chocolat

Mehdi a dit…

C'est vrai que le "jetable" est l'une des grandes modes de notre époque et l'architecture semble également touchée par le phénomène.
Le Havre en est un bel exemple !
Une ville en perpétuelle travaux offre au moins un point positif, cela crée de l'emploi ! Construire puis déconstruire ... Le remède anti-chômage au Havre ?
J'ose croire que la manœuvre n'est pas faite uniquement dans ce sens ...

Mehdi a dit…

Ces perpétuels travaux ... Je corrige la faute après avoir lu mon commentaire... Les excès de la veille ne doivent pas être bon pour l'orthographe ... De joyeuses fêtes à tous !

DAN a dit…

Ces démolitions me font toujours un peu de peine personnellement. Je me souviens de ce que me disait Gilbert Betton à propos des changements rapides de notre cité et des démolitions : «autrefois au début des années 80 il n'était pas trop difficile à un amateur d'histoire havraise de suivre les chantiers de démolition ou de reconversions, aujourd'hui cela devient impossible». En fait il faudrait être à plusieurs pour suivre cette évolution de l'urbanisme au Havre.
Quant à l'ancien havre, pas plus tard qu'il y a deux semaines, j'ai assisté à la présentation d'un livre sur l'histoire du Havre, où un des auteurs, Thierry Vincent que tu connais bien, notait que nos édiles avant guerre envisageaient la démolition de Saint-François. S'en serait suivi bien sûr celui du quartier Notre-Dame, tout aussi insalubre et à la concentration urbaine intenable. Bref, on a l'impression que la démolite aiguë ne soit pas pas une «maladie» récente et considéré comme un «mal nécessaire», quoique qu'aujourd'hui ce serait plutôt du côté des pouvoir de l'argent qu'il faut voir d'où vient ce «mal», car il y a des cités qui vivent très bien sans tout démolir ou que le strict nécessaire, mais au Havre on ne semble pas avoir cette culture, et depuis François 1er il semble que ce serait plutôt la culture de l'avenir qu'on ait injecté dans nos veines. Certes c'est nécessaire de prévoir l'avenir et notre histoire la prouvé à maintes reprises, mais ne plus savoir d'où l'on vient n'est-ce pas aussi un danger pour les générations futures ?

jean-michel Harel a dit…

@Mehdi C'est sûr qu'il y a, entre autres, un aspect anti-chômage dans ces travaux. Il faut entendre la fédération des entreprises de bâtiments public de la région havraise réclamer en permanence de nouveaux chantiers !
La ville "européenne" classique est plutôt à évoluer lentement.


@Dan. Je crois qu'on n'a pas assez insisté sur cette volonté d'avant-guerre du maire de l'époque de vouloir raser Saint-François. Le fait de laisser Saint-François et Notre-Dame dans des conditions hygiéniques mauvaises n'était il pas un moyen de mieux les détruire ensuite ? Comme je le rappelle on assiste trop souvent à une histoire havraise très naïve où on gobe souvent un peu tout. N'y avait-il pas beaucoup d'argent à se faire en réaménageant Saint-François ? N'y avait-il pas moyen de favoriser certains intérêts ?

Dan il y a un danger effectivement de ne plus savoir d'où on vient. Ce concept de "ville-monde" qu'on veut imposer au Havre fait peur. Est-ce un type de ville répétitif, reproduisible dans chaque partie du monde ? Notre ville a sa personnalité à préserver.


Mehdi a dit…

Le changement c'est maintenant ! Euh ...non. Le changement c'est tout le temps .. au Havre.