mardi 9 mars 2010

Restauration rapide et mode de vie Le Havre


La presse havraise évoquait récemment la situation de la vente à emporter au Havre et il a paru intéressant d'analyser ce phénomène.

La vente à emporter et la restauration rapide au Havre ont pris de l'ampleur depuis trois décennies. Avant les années 1980, il n'y avait que de rares établissements à proposer de la nourriture préparée à emporter. Sur la plage, notamment, à la belle saison, des cabanes de commerçants permettaient d'acheter unr barquette de frites. A partir des années 1980, les fast-food ont fait leur apparition avec un établissement dans l'enceinte souteraine du Volcan ( Maison de la Culture). Il s'agissait, si je me souviens bien, d'un burger King. Puis Quick arriva place de l'hôtel de ville. Il ouvrit un deuxième restaurant, dans la ville haute dans le quartier du Mont-Gaillard qui n'existe plus désormais. Mac Donald s'installa d'abord près de la gare puis ouvrit un restaurant au sein du centre commercial Coty en 1999. Il possède aussi un établissement près du centre commercial de Montivilliers. Les années 1990 ont été aussi, au même titre que les années 2000, la période la plus favorable à la création et à la multiplication du nombre de kebabs. La ville du Havre, qui détient le record en Normandie, compterait 37 kebabs en 2009 (source : site spécialisé internet sur les kebabs) et le prix moyen dans ces établissements est de 4,12 euros. C'est moins cher que dans le reste de la France où le prix est de 4,81 euros.

Les années 2000 voient une diversification véritable de l'offre de restauration rapide et de vente à emporter. Nouvelles enseignes ( Subway à la plage et aux Docks Océane, Mie caline, place de l'hôtel de ville ), nouveaux produits ( pâtes, sushis...). Les établissements de restauration rapide restent concentrés dans le centre de la ville (Cours de la république notamment) , dans les centres commerciaux ou leurs abords et à proximité des etablissements scolaires.

Il y a un chiffre qui me parait fondamental pour expliquer cette évolution frappante. La durée moyenne du repas pris à l’extérieur s’est raccourcie à 31 minutes en France en 2008 contre 1h38 en 1975. Cela permet de se rendre compte de la précipitation qui anime désormais le milieu de la journée chez de nombreux actifs. Le pire est que cette tendance à la grande vitesse pour prendre les repas n'est pas forcément subie mais parfois voulue par certains actifs qui y voient un moyen pour rentrer plus rapidement chez soi. Le stress qui est pointé du doigt dans de nombreuses situations de travail pourrait peut-être s'expliquer ou se révéler par cette vitesse à prendre ses repas. La multiplication du nombre de restaurants rapides serait la marque d'une " accélération " de la société qui ne prend plus le temps, qui tend à devenir fébrile.

La vente à emporter indique aussi dans une certaine mesure un individualisme ou un repli. Le restaurant ou la brasserie, lieux de convivialité, n'attirent plus assez ou ne savent plus retenir une clientèle individuelle.

Il y aussi le fait que le pouvoir d'achat oblige bien souvent à aller dans les établissements à restauration rapide ou à recourirà la vente à emporter. On n'a pas affaire pendant les trois dernières décennnies à la multiplication du nombre de restaurants classiques. La restauration rapide et à emporter permet aussi à des touristes de passage, parfois pressés, de se restaurer à un prix très raisonnable. Le développement du tourisme au Havre a aussi une petite part dans cette évolution. De même, la distance entre le travail et le domicile rend de plus en plus difficile le retour chez soi pour déjêuner et favorise le développement de ce type de restauration.

8 commentaires:

DAN a dit…

Tu analyse bien cette situation de la restauration rapide. Rien de plus à ajouter sinon que cette manière de prendre ses repas (si on peut encore appeler ça comme ça) est le fait des plus jeunes. Les "anciens" dont (hélas ) je commence à faire parti, préfèreront une bonne table avec du temps pour manger, question de génération sans doute !

Anonyme a dit…

On ne peut plus faire ce que l'on faisait il y a encore 20 ans. J'y vois d'abord la pression sur les salaires en même temps que les sollicitations commerciales diverses (dont, par exemple, la téléphonie mobile) - diverses et nombreuses puisque les jeunes générations veulent d'abord être au "top". Il faut bien faire des sacrifices quelque part. C'est donc le repas de midi au boulot qui dérouille ! et puis, bien sûr, le désir de rentrer tôt chez soi.
Effectivement, les kebab fleurissent, dans le sillage du fast-food à l'américaine, celui-ci d'un standing supérieur, y compris dans l'hygiène. Ces kebab ne répondent pas forcément à un besoin, pas plus qu'à une gastronomie (oh non !). Le prolifération tient à d'autres causes, souvent glauques...dit-on.
Et la Restauration, dans tout ça ? mise à part l'arnaque sur la TVA et sa dénonciation de l'usage du ticket restaurant ?....

phyll a dit…

il est a noter également que de plus en plus de boulangeries proposent des sandwhichs et ce à toutes heures !!
rien que deux sur deux près de chez moi !!
et quand je travaillais, je dois dire que de temps en temps ça me dépannait bien !

JMH a dit…

Le sandwich dépanne effectivement parfois. Il y aussi possibilité d'acheter la baguette chez le boulanger, du pâté et des rillettes dans un magasin et de se les confectionner soi-même quand on dispose d'un couteau. J'ai remarqué que les sandwiches chez les boulangers sont, en général, très longs et généreux. Ce n'est pas le cas partout où on a parfois des sandwiches modèle réduit à prix maxi.

La pression sur les salaires est effectivement importante. Le repas journalier dans une brasserie peut revenir cher à la fin du mois. Les nouvelles dépenses ( internet, téléphone portable, télévisions par câble, etc )reviennent chaque mois.

Le rythme de la journée pourrait être nettement amélioré : une longue pause à midi, un domicile près de son travail... On n'en prend pas le chemin.

A propos des "jeunes " au top, on rappellera que l'obésité ne cesse de progresser parmi cette catégorie. C'est la marque d'un déséquilibre dans l'alimentation et dans la façon de s'alimenter.
Le fait de manger trop vite favorise le surpoids.

geo a dit…

Le Havre reste pourtant une des dernière grande ville de France ou l'on prend le temps de manger le midi. Certains vont au restaurant, d'autres rentrent chez eux lorsqu'ils le peuvent.

L'apparition des ces établissements de restauration rapide me semble proprotionnel à la péri urbanisation du Havre, croissante depuis quelques années. Les gens ui vivent en lointaine périphérie n'ont plus le temps de rentrer chez eux le midi et raccourcissent leur durée de pause déjeuné pour partir plus tôt.

Sur certains points, Le Havre ressemble de plus en plus à la Capitale. Pourtant, Lyon, 2eme ville de France, à toujours un rythme "provincial". La ville est en "pause" entre midi et 13h.


Le Havre est la ville de Normandie qui possède le plus de Kebabs. C'est un peut normal, c'est de loin la plus grande ville de la région (80 000 habitants de plus que Rouen ou Caen). Pourtant le chiffre de 37 me parrait inférieur à la réalité ?


PS: A noter que "La Mie Caline" est l'un des premiers commerce du centre-ville à ouvrir tous les Dimanche.

Anonyme a dit…

Bravo pour l'étude de la restauration rapide au Havre !
Je suis en partie d'accord avec les commentaires qui suivent, mais je me méfie des impressions que l'on a, qui peuvent parfois être différentes de la réalité objective que des chiffres (qui seraient longs à chercher) démontreraient (même si on leur fait dire ce qu'on veut).
Par exemple, sur la restauration traditionnelle, j'aimerais savoir comment leur nombre et leur activité a évolué au cours des 30 dernières années. Mon "impression" est différente de celles des autres commentaires. J'ai plutôt l'impression qu'on a aujourd'hui un pouvoir d'achat (en moyenne) plus important qu'il y a 20 ou 30 ans, pour aller au restaurant.
Pour ce qui est du temps de travail et de pause le midi, est-ce qu'on ne rentre pas plus tôt chez soi aujourd'hui que dans le passé, à pause midi égale ? (On a en moyenne réduit d'une heure le travail quotidien, depuis les 35 heures). Je ne crois donc pas à la théorie du stress et de la vie accélérée. (en revanche, je crois qu'on accorde plus d'importance à son temps de loisir que dans le passé).
Enfin, je suis complètement d'accord avec le constat de l'allongement de la distance domicile-travail, qui fait qu'on a malheureusement davantage tendance aujourd'hui à manger sur le pouce le midi, plutôt qu'à rentrer chez soi. Cet éloignement est sensible dans le secteur secondaire. On a éloigné les zones industrielles. Et certaines zones d'activités tertiaires également, même si pour le tertiaire, il y a des développements aujourd'hui aussi en ville.
NB : les projets de nouvelles zones dans l'agglo sont très éloignées (Epouville par exemple)
Voilà pour mes "impressions"
Jeph

JMH a dit…

Pour le nombre de kebabs, il faudrait un décompte exact mais l'annuaire téléphonique en indique encore moins.

Pour les restaurants traditionnels c'est un sujet qui mériterait qu'on s'y attarde. Je trouve que les prix dans les restaurants traditionnels restent très raisonnables : 22 à 30 euros et on a un bon repas. Un repas rapide, un midi peu trevenir à 15 euros. Renouvelé tous les midis, cela revient cher par rapport à un salaire moyen.

La distance entre le lieu de travail et le domicile est un enjeu majeur. C'est une question qui est politique et qui n'est malheureusement pas traitée. En agissant ainsi on risque de se trouver dans une logique de "région parisienne " avec un chaos au niveau des transports. C'est d'ailleurs le sujet numéro un en île de France.

Anonyme a dit…

La restauration de midi a fonctionné très longtemps avec l'apport majeur des "repas d'affaires".
Ceux ci ont fait l'objet de révisions drastiques de la part des entreprises tenant autant à leur coût qu'à leur durée.
De même, le temps d'arrêt de midi a été sérieusement rogné.
Enfin, comme je l'ai écrit, si je pense, moi aussi, que pour une part non négligeable de salariés le pouvoir d'achat a augmenté légèrement, d'autres sollicitation matérielles - ou para sportives - issues du progrès scientifique se sont substituées au besoin quotidien d'un solide repas au travail, la modernité, de plus, ayant tué la "gamelle" ce qu'il est difficile de déplorer. D'où la vogue du sandwich liée à l'absence de temps pour rentrer chez soi.
Le bon repas a été rangé au rayon "Fêtes", c'est-à-dire, à des moments d'exception.